Il y a encore beaucoup d’autres choses
que Jésus a faites ;
si on les écrivait une à une,
le monde lui-même, je crois,
ne saurait contenir les livres qu’on en écrirait.
Jean, 21, 25.
Mais il serait bon, avant de continuer cette nouvelle aventure, que je raconte quand et dans quelles circonstances je fis la connais-sance du major et comment je fus mêlé à une des enquêtes les plus étranges et les plus fascinantes que j’aie jamais entreprises.
En avril 1980, pour des raisons étrangères à notre sujet, je me trouvais à Mexico (District fédéral). Il y avait quelques mois que j’avais écrit mon premier livre sur les découvertes des hommes de science de la NASA à propos du saint suaire de Turin et je me souviens que, lors d’une de mes interventions à la télévision aztèque, précisément dans le prestigieux programme populaire d’informations de Jacobo Zabludowsky, j’avais donné quelques détails sur les terribles tortures infligées à Jésus de Nazareth. À ma surprise et à celle de l’équipe de Televisa, on enregistra cette nuit-là un torrent d’appels de tous les coins de la République, et même de Miami et de Californie.
Lorsque je rentrai à mon hôtel, l’opératrice du Presidente Chapultepec me passa un appel que je n’oublierai jamais.
— Monsieur J. J. Benítez ?
— Oui, j’écoute…
— Vous êtes bien J. J. Benítez ?
— Oui, c’est moi… À qui ai-je l’honneur ?
— Je vous ai vu dans le programme de monsieur Zabludowzky et je serais très honoré si je pouvais avoir un entretien avec vous.
— Quand vous voudrez, répondis-je presque mécaniquement en me laissant tomber sur le lit. Dans un premier temps, je confondis mon correspondant avec le curieux type. Je me préparai à couper la conversation à la première occasion.
— Comme vous l’aurez deviné à mon accent, je suis étranger… Sincèrement, lorsque je vous ai écouté, j’ai été impressionné par votre intérêt pour le Christ.
— Pardon, l’interrompis-je pour essayer de savoir à quoi m’en tenir, comment m’avez-vous dit que vous vous appeliez ?
— Non, je ne vous ai pas dit mon nom. Et si vous me le permettez, étant donné ma condition d’ancien pilote des forces aériennes nord-américaines, je préférerais ne pas vous le donner par téléphone.
Cela me mit sur mes gardes. Je me redressai et essayai de mettre de l’ordre dans mes idées.
— Je ne connais pas votre plan de travail au Mexique, continua-t-il sur un ton infiniment affable, mais peut-être serait-il d’un grand intérêt pour vous que nous nous voyions. Qu’en pensez-vous ?
— Je ne sais pas, hésitai-je ; où vous trouvez-vous ?
— Je vous appelle de l’État de Tabasco. Avez-vous prévu un voyage dans cette région ?
— Franchement, non ; mais…
Une fois de plus je me laissai emporter par mon intuition. Un ancien pilote de l’USAF ? Cela pouvait être intéressant… Mon expérience de chercheur m’a appris à accepter le risque. Qu’avais-je à perdre dans cette entrevue ?
— Pourriez-vous déjà me dévoiler quelque chose ?, insinuai-je sans réprimer ma curiosité.
— Non… Croyez-moi. Je ne peux pas par téléphone… De plus, je ne veux pas vous tromper et je vous préviens que de cette première conversation, si elle a lieu, vous ne tirerez proba-blement pas beaucoup de conclusions. Par contre, j’insiste pour que nous nous voyions.
— Bien, coupai-je un peu brutalement. J’accepte. Où et quand nous voyons-nous ?
— Pouvez-vous vous rendre à Villahermosa ? Je serai ici jusqu’à samedi. Vous connaissez la ville ?
— Oui, bien sûr, répondis-je, un peu contrarié.
Si j’avais bonne mémoire, en juillet 1977 Raquel et moi avions visité la zone archéologique de Palenque, dans l’État du Chiapas, et les têtes olmèques colossales de Villahermosa. Mais pour l’heure, j’étais au District fédéral, à mille kilomètres de la région torride du Tabasco.
— Le vendredi 18 vous convient-il ?
— Un moment. Laissez-moi consulter mon agenda…
En vérité, je savais déjà que je n’avais aucun rendez-vous pour ce vendredi. Mais voyager jusqu’au Tabasco sans garanties ni références sur la personne qui avait l’intention de m’interviewer m’avait irrité. Je cherchais avec ardeur une excuse qui me dissuaderait d’entreprendre un voyage aussi saugrenu. Ce furent des secondes tendues. D’un côté, mon instinct de journaliste m’attirait à Villahermosa. De l’autre, le bon sens avait commencé à ébranler mon fragile enthousiasme. Heureusement pour moi, le premier s’imposa et j’acceptai.
— Très bien. Je crois qu’un vol part de Mexico de bonne heure le matin. Où puis-je vous voir ?
— Vous connaissez le parc de la Venta ?
L’homme dut percevoir mon hésitation et ajouta :
— Celui des têtes olmèques…
— Oui, je le connais.
— Je vous attendrai près du Grand Autel…
— Mais, comment vous reconnaîtrai-je ?
— Ne vous en préoccupez pas.
Une telle assurance me fascina.
— Le plus probable, conclut-il, est que ce soit moi qui vous reconnaisse le premier.
— Très bien. De toute façon, je tiendrai un livre à la main…
— Comme il vous plaira.
— Alors… à vendredi.
— Parfait. Merci beaucoup d’avoir répondu à mon appel.
— Ce fut un plaisir, mentis-je. Bonne nuit.
Lorsque je raccrochai, je me sentis assailli par un essaim de doutes. Pourquoi avais-je accepté aussi rapidement ? Quelle certitude avais-je que ce soi-disant étranger était bien un pilote retraité de l’USAF ?
Et si tout cela avait été une plaisanterie ?
En même temps, quelque chose me disait que je devais me rendre à Villahermosa. L’intonation de la voix de cet homme me laissait pressentir que j’avais affaire à une personne sincère. Mais que voulait-il me communiquer ?
Je pensai naturellement à cette information énigmatique. « Le plus vraisemblable, me disais-je alors que j’essayais en vain de trouver le sommeil, est qu’il s’agit d’une histoire d’OVNI mise en scène par les militaires nord-américains. Ou non ? »
« Pourquoi a-t-il mentionné mon intérêt pour le Christ ? Qu’est-ce qu’un vétéran de l’armée a à voir avec ce sujet ? »
À dire vrai, plus je remuais tout cela, plus ce me semblait compliqué et irritant. C’est ainsi que j’optai pour la seule solution pratique : ne plus y penser jusqu’au vendredi 18 avril.
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