Que celui qui cherche ne cesse de chercher
jusqu’à ce qu’il trouve ;
et quand il aura trouvé
il sera bouleversé,
et, étant bouleversé,
il sera émerveillé,
et il régnera sur le Tout.
Log. 2, Évangile selon Thomas
Tous les chercheurs et savants qui se sont efforcés de retrouver et de comprendre la vie historique de Jésus ont utilisé le seul matériel dont ils disposaient, à savoir des écrits issus en partie d’une transmission orale. À ce titre, on peut dire qu’il existe une double littérature sacrée. Ce que l’on nomme un texte sacré est une œuvre inspirée par l’Esprit. Cette œuvre pourra être une invocation mystique aussi bien qu’une connaissance particulière en rapport avec les lois universelles du monde de la forme. Ces lois seront étudiées, appliquées, et les résultats, ayant démontré qu’ils étaient fiables, seront enregistrés dans des textes qui, au cours des âges, seront retransmis de maître à disciples. De tels écrits peuvent toucher l’astrologie, la médecine ou les pratiques dites spirituelles. Ce sont par conséquent des textes inspirés mais qui peuvent avoir une base tout à fait scientifique. Cette connaissance, lorsqu’elle est écrite, l’est le plus souvent sous une forme symbolique en vue d’être protégée d’utilisateurs égoïstes et immoraux. Cette littérature touche le mental rationnel et ses fonctions. L’autre littérature, dite sacrée, touche l’âme exclusivement. Elle est le plus souvent constituée de prières de haute portée spirituelle et son thème favori est toujours la recherche d’une communion avec le Divin. C’est à cette seconde source que se réfère le grand sage poète Kabir lorsqu’il écrit :
« Je n’ai ni encre, ni papier, ni plume à la main.
D’âge en âge, je délivre mon message éternel ;
Veda, Purana, Coran, et livres :
De diverses façons ont-ils parlé de Lui.
Hindou, Turc, Jaïn, Yogi :
Nul n’a compris le secret ! »
Lire à ce sujet Yves Moatty, Kabir, le fils de Ram et d’Allah,
édit. Les Deux Océans.
Le grand saint Kabir aurait pu allonger sa liste en y introduisant l’Ancien et le Nouveau Testament. Kabir, comme tous les sages authentiques, admet que certains textes ont été écrits par des êtres inspirés, par des connaisseurs du Soi, mais que ces écrits ne peuvent en aucune façon être cette vérité qui transcende toute expression conceptuelle écrite ou parlée.
On se souvient que lorsque Pilate demande à Jésus : « Qu’est-ce que la vérité ? », celui-ci garde le silence car cette vérité ne peut être transmise qu’en dehors de la pensée intellectuelle. L’hindouisme, ou plutôt son essence, le Sanatana Dharma qui est la mère de toutes les religions encore vivantes sur terre, a maintenu cette tradition des écrits issus pour certains du mental rationnel et pour d’autres de l’âme irrationnelle. Dans le texte principal des hindous appelé Veda, les connaissances furent reçues, dit-on, par des rishis, ou voyants, sous la forme de sons. Ces sons mantriques transcrits à travers la langue sanskrite furent transmis de génération en génération d’une manière inaltérée parce que basée sur une récitation sonore précise appelée sruti, qui signifie « ce qui est entendu ». D’un autre côté, nous trouvons une autre catégorie d’écrits sacrés appelés smriti du fait qu’ils furent composés à partir d’une réflexion purement mentale. Les brahmanes hindous admettent leur importance mais ils y voient des moyens de comprendre la vérité, non de la réaliser, comme lors de la psalmodie des écrits de la première catégorie. Cependant, la lecture des écrits allégoriques et symboliques a ceci d’exceptionnel que le chercheur, selon son degré de maturité intérieure, y trouvera la nourriture qui lui convient. Pour les moins élevés, l’écrit révélera une ligne de conduite ; mais pour le plus avancé, le même écrit pourra révéler une loi universelle. Il en est ainsi des écrits saints comme des discours. Jésus le démontrera maintes fois lorsque, par nécessité de voiler la sagesse, il enseignera en parabole : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, tandis qu’à ces gens-là, cela n’est pas donné… » Matthieu XIII, 10-17
Si l’enseignement ésotérique est ainsi voilé dans les discours, il l’est plus encore dans les écrits. Tout lecteur comprendra ainsi que les historiens non initiés aux mystères se soient si souvent fourvoyés dans leur interprétation des écrits évoquant la vie et les paroles de Jésus. Des auteurs aussi perspicaces et bien informés que Gerald Messadié, pour ne citer que lui, sont passés, me semble-t-il, à côté de grandes vérités historiques pour avoir interprété la Bible à la seule lueur des connaissances universitaires. C’est pourquoi nous nous sommes efforcé de prendre une partie de notre documentation dans les enseignements ésotériques des gnoses, à quelque courant qu’elles appartiennent, hermétique, kabaliste, néo-platonicien ou théosophique, au risque de sortir du cadre étroit de l’orthodoxie universitaire que s’imposent la plupart des historiens.
(...)
Expliquons maintenant aux lecteurs la spécificité de notre thèse. Elle tient en une simple phrase, à savoir que le Maître Jésus est né un peu moins d’un siècle avant l’ère chrétienne. Cette information n’est pas dogmatique dans notre esprit, elle est certes originale mais pas nouvelle, bien qu’elle ait été boudée par la plupart des auteurs modernes qui ont écrit des vies de Jésus.
Voici en quelques mots comment nous sommes parvenu à cette conclusion. Dans l’étude de la vie de Jésus, la difficulté que tous nous rencontrons à extraire des informations claires et concises vient en grande partie de ce que le Maître appartenait à plusieurs mouvements de nature profondément ésotérique, donc peu enclins aux révélations extérieures. Citons parmi les plus connus les Esséniens, les Nazaréens, et les Thérapeutes. De ces écoles, il ne reste plus aujourd’hui que quelques branches encore vivantes susceptibles de nous apporter des clés. Dès mon plus jeune âge, la mystique chrétienne a exercé une profonde influence sur mon esprit. La personne de Jésus-Christ a donc pendant toute mon adolescence représenté l’idéal le plus élevé de ma recherche. Diacre dans l’Église catholique libérale, je n’en restais pas moins intéressé par les autres religions, notamment par l’hindouisme et le bouddhisme. Leur étude et leur pratique, associées à un approfondissement de la gnose chrétienne, ont mis à mal mes convictions, tant sur l’historicité de Jésus que sur les doctrines de l’Église catholique. Parmi les branches traditionnelles issues des antiques communautés auxquelles Jésus avait appartenu ou qui diffusaient un enseignement identique, nous connaissons les Mandéens et les Druzes. Fortement intéressé par cette dernière communauté, je fus informé un jour qu’une importante réunion d’initiés druzes aurait lieu le 25 mai 1982, une date qui, bien sûr, ne fut pas choisie au hasard. J’appris également que cette réunion exceptionnelle des okkals (Okkal vient de l’arabe akl, qui signifie « sagesse ». On prononce le o comme ou.) serait présidée par le grand sage Sher Amin Tarhif, chef des Druzes d’Israël, celui du Liban étant Sher Mohamed Abou Sakra. Le lieu de rendez-vous était fixé aux Cornes de Hittim, au bord du lac de Tibériade, à l’emplacement de la tombe de Jethro, le beau-père de Moïse et l’un des importants prophètes pour les Druzes.
(...)
De retour en France, je commençai une véritable enquête concernant la date de naissance du Maître Jésus, et je m’aperçus que l’Église catholique libérale s’était penchée sur ce problème et avait publié une petite étude sous la plume du révérend N.G. Drinkwater, qui donnait des éléments précieux démontrant une naissance de Jésus un siècle avant notre ère. Ceci était confirmé par le docteur Annie Besant, qui donne la date de l’an 105 avant notre ère, ce qui rejoint celle donnée par mon ami druze. D’un autre côté, nous avons une vie de Jésus compilée dans le Talmud, qui effectivement mentionne un Jésus (Jehoshuah) naissant environ un siècle avant l’ère chrétienne. Ce fut notre troisième source. La quatrième est constituée par les manuscrits de la mer Morte, dans lesquels apparaît un certain Maître de Justice, le Moreh Ha Zedekh (ou Vrai Juste), qui vécut lui aussi un siècle avant l’ère chrétienne et pourrait aisément prendre la place de Jésus du fait que la fraternité essénienne, dont il fut un moment le législateur, aurait été la source même du futur christianisme. À ce propos, notons une annonce prophétique au sujet de ces fameux manuscrits. Dans le Theosophist de 1883, H. P. Blavatsky disait : « Des documents seront trouvés auprès de la mer Morte qui prouveront que le Christ était venu un siècle plus tôt que la tradition ne l’affirmait. »
(...)
Nous sommes intimement persuadé que l’ère qui vient, avec ses cycles de profondes mutations, imposera dans l’esprit des nouvelles générations un désir de savoir et de connaître la nature du Christ, non seulement à travers des écrits, mais par une réelle participation à son amour. Cet état d’esprit imposera avant peu une Église chrétienne aussi profondément gnostique qu’elle l’était il y a de cela deux mille ans.
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